Portrait

De la Maïeutique au coaching


La poignée de main est franche, le regard pétillant, l’allure élancée…Etienne Roy ouvre grand la porte de son bureau lumineux ; une table de travail peu encombrée, des fauteuils qui invitent au dialogue, du bois et des tons clairs.

Avec déjà 20 années d’expérience dans l’accompagnement des dirigeants et dans la conduite du changement dans les organisations, Etienne Roy a l’assurance tranquille de ceux dont les choix professionnels ont mûri très tôt.

« Mon activité de coach ne correspond pas à une seconde vie professionnelle, comme c’est le cas d’un grand nombre de consultants, souvent plus âgés, qui se positionnent sur ce marché » note-t-il pour marquer d’emblée sa singularité. En 1987, son diplôme d’ingénieur ESTP (Ecole supérieure des travaux publics) en poche, Etienne Roy s’engage en effet très vite dans cette voie, en travaillant d’abord pendant 3 ans au sein du groupe Bossard Consultants.

Pourquoi une telle orientation ? « Pendant ces études, pour tromper l’ennui, j’avais créé une petite société de prestations de services en informatique qui m’avait permis de côtoyer des cadres dirigeants et d’apprécier les échanges que je pouvais avoir avec eux ; l’idée de poursuivre dans cette direction m’est donc venue tout naturellement ».

Un ancien collègue de cette époque garde un souvenir précis de sa personnalité : « J’ai connu Etienne Roy en 1988 chez Bossard et j’ai eu le plaisir d’être un de ses responsables, sur différents projets à forts enjeux managériaux dans plusieurs grosses structures publiques. J’ai pu apprécier ses qualités d’empathie, qualités développées vis-à-vis d’une diversité peu habituelle de profils de personnes, de métiers, de niveaux hiérarchiques. Et cela, tout en ayant – côté clients – l’image (et la pratique !) d’un jeune consultant très structurant et organisé (très « organisant » serait plus juste) dans ces nombreuses actions à construire tant sur le terrain qu’avec des comités de direction ».

Aux dires d’Etienne Roy, l’expérience Bossard a été enrichissante mais pas satisfaisante. Plusieurs facteurs le conduisent à la démission. Le désir de voler de ses propres ailes, bien sûr, l’envie de développer des prestations plus conformes à ses valeurs personnelles et, surtout, un événement majeur, un accident de parapente, qui constitue sans doute ce que le philosophe Michel Onfray nomme un « hapax existentiel ».

Dès 1991, à l’âge de 26 ans, Etienne Roy décide ainsi de fonder Koalto, une agence de conseil et accompagnement en développement de projets qu’il dirige encore aujourd’hui avec pour philosophie « Le plaisir de réussir », « …dans la bonne humeur, sans se prendre au sérieux, mais tout en sachant ne pas perdre de vue l’objectif initial » ajoute l’un de ses clients.

L’appellation « coach » n’étant pas encore utilisée en France à l’époque, Etienne Roy est confronté à la nécessité de trouver un terme pour définir son identité professionnelle ; il adopte alors, non sans humour, le terme de « maïeuticien » pour rendre compte de cette capacité à questionner l’autre.

De « l’art de questionner l’autre pour qu’il puisse faire pleinement ce qu’il a envie de faire en exploitant toutes ses ressources », Etienne Roy a effectivement fait sa spécialité. « A la fois discret et omniprésent, calme et décidé, Etienne Roy, par sa sérénité, son écoute et son charisme, réussit à créer une ambiance de confiance et de respect mutuels au sein d’un groupe, même très hétérogène » témoigne un dirigeant qui l’avait d’abord rencontré lors d’une formation sur le leadership, avant d’engager avec lui un travail d’accompagnement d’équipe. « Même si notre équipe était déjà très soudée avant, nous avons tous été unanimes, il y a un avant et un après Etienne ».

Pour accompagner l’autre dans cette « confrontation », Etienne Roy sait qu’il doit se questionner lui-même et se nourrir en permanence. C’est ce qu’il met en œuvre au travers de différents processus tels que la participation à de multiples formations dans un cadre multiréférentiel ; le travail thérapeutique personnel ; la supervision régulière ; l’écriture d’ouvrages, toujours à plusieurs, pour confronter ses pratiques, revisiter ses expériences, découvrir la différence etc.

Sur l’évolution du marché du coaching en entreprise, Etienne Roy « se sent peu concerné par la médiatisation actuelle du coaching » et reste serein. En matière de coaching professionnel, ses prestations ne s’adressant qu’à des cadres dirigeants et des « hauts potentiels », il sait que les entreprises veillent à faire appel à de vrais professionnels, qui seront à l’avenir mieux identifiés grâce à l’action des associations oeuvrant à clarifier les conditions d’exercice de cette profession. Par son engagement auprès de la Société Française de Coaching (*), il apporte d’ailleurs sa contribution au processus d’autorégulation de la profession qui est en cours.

En attendant, Etienne Roy poursuit son chemin avec toujours comme objectif de s’inscrire dans le long terme et construire des liens durables avec les autres qu’ils soient clients, pairs, amitiés professionnelles, etc… Ce n’est pas un hasard si les mots qui commencent par « co » reviennent souvent dans ses propos : coopérer, co-construire, co-écrire, co-responsabilité.

Amélie Dumonet

(*) Etienne Roy est titulaire de la Société Française de Coaching (SFCoach) – dont le champ d’action se limite au coaching professionnel – et membre du Comité d’Agrément et de Déontologie de la SFCoach.

 

«Mon activité de coach ne correspond pas à une seconde vie professionnelle, comme c’est le cas d’un grand nombre de consultants qui se positionnent sur ce marché».

 «Par sa sérénité, son écoute et son charisme, Étienne Roy réussit à créer une ambiance de confiance et de respect mutuel au sein d’un groupe, même très hétérogène ».